Pourquoi la résilience au quotidien?

“Lorsque nous ne sommes plus en mesure de changer une situation, nous sommes mis au défi de nous changer.” Viktor Frankl

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La notion de résilience fait de plus en plus de bruit dans notre Société et pour cause: elle touche d’une certaine manière l’histoire aussi bien personnelle que collective de chacun d’entre nous.

Mais d’abord une première question qui demande une réponse claire pour tout le monde est fondamentale…

QU’EST-CE QUE LA RÉSILIENCE AU JUSTE?

Plusieurs définitions existent mais rejoignent toujours la même finalité: celle de transcender son vécu.

C’est l’éthologue, neuropsychiatre et psychanalyste Boris Cyrulnik qui popularisa avec son ouvrage Un merveilleux malheur le concept de résilience comme une véritable perspective d’espoir quelque soit les épreuves vécues, même celles dont humainement parlant on aurait jamais pu se relever.

De quels traumatismes parlons-nous? De ceux qui nous empêchent d’avancer, de s’accomplir dans notre vie, de ceux qui nous paralysent totalement. De ceux qui nous empêchent de devenir qui l’ont pourrait être ou qui nous empêchent vivre de manière bien handicapante nos plus grandes inspirations. Cela peut-être des traumatismes liés à l’abandon, à la maladie, à la guerre, à des violences sexuelles ou autres sérieux blocages émotionnels.  

A l’origine c’est du côté de la physique que la notion résilience a vu le jour pour ensuite se dupliquer dans des domaines majeurs inscrits dans notre Société ou dans notre quotidien: psychologie, médecine, neuroscience…

En physique, la résilience est la résistance aux chocs d’un métal et son aptitude à reprendre sa forme initiale. Pour les fans de Star Wars, voici une image intergalactique qui va vous parler: vous connaissez bien évidemment notre cher petit robot R2D2 n’est-ce pas? Et bien imaginez que lors de ses mésaventures contre les forces du mal, R2D2 soit victime de biens gros traumatismes (rafales de laser, altercation violente avec un clone ou un coup de tête de Chewbacca…). Bien abîmé, RD2D2 possède tous les critères requis pour terminer à la casse. Pourtant, malgré tout, RD2D2 finit toujours par s’en sortir. Petit mais costaud, sa capacité à résister aux chocs et à reprendre sa structure d’origine lui permet de toujours répondre présent de saga en saga.

Mais puisque l’homme n’est pas un robot (enfin… tout dépend du point de vue que l’on prend), tournons-nous vers la définition adoptée par la psychologie et qui nous concerne d’un peu plus près: être résilient est cette capacité à surmonter les épreuves traumatiques qui surviennent dans nos vies et à s’épanouir en tant qu’être malgré tout.

“Ok. J’ai vécu cela et cela et cela mais ce n’est pas ces raisons qui m’empêchent de vivre ce que j’ai envie de vivre.” Voici une anecdote qui illustre bien cette idée:

C’est l’histoire de deux fils qui ont vécu avec un père alcoolique.

Lorsque les deux fils devinrent adultes, on retrouvera l’un qui copia les mêmes comportements que son père et l’autre qui s’accomplit totalement en tant qu’être dans sa vie professionnelle et personnelle, sans une seule goutte d’alcool dans le sang.

On les interrogea alors pour savoir comment il était possible que les deux fils ayant vécu et vu les mêmes choses avec leur père, aient réagi si différemment…?

Le premier fils alcoolique répondit: “J’ai observé mon père”.

Le second fils accomplit répondit: “J’ai observé mon père”.

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La différence? La résilience.  

La résilience est-elle donc une question de choix? Oui.

Mais d’après les neuroscience certains individus sont plus aptes à la pratiquer que d’autres et tout (ou presque…) se joue où? Au niveau du cerveau !

Car nous devons aussi comprendre…Comment se mesure notre degré de résilience?

En effet, une étude parmi d’autres publiée dans la revue Nature et menée par Elisabeth Ebaugh en 1986, psychotérapeute américaine le confirmait déjà.

Nous pouvons trouver des personnes plus résiliantes que d’autres car leur cerveau à l’aptitude de résister plus efficacement aux situations de stress ou d’anxiété.

Notre degré de résilience dépend des principaux mécanismes suivants et propres à chacun d’entre nous:

  • Le paramètre lié à la génétique: nous parlons ici de mémoire comportementale génétique. Imaginons que dans la lignée de votre famille ou de votre communauté, les vécus de vos ancêtres pendant des guerres se sont répétés. Le stress, la peur et l’anxiété ressentis par vos aïeux ont été tellement marquantes qu’elles peuvent être transmises aux générations futures. Ainsi, connaître son histoire généalogique est primordial pour comprendre certains de nos comportements d’aujourd’hui.
  • Le facteurs neurotransmetteurs: la neuroscience nous apporte aujourd’hui de plus en plus de réponses sur le comportement humain. Nous retrouvons en effet chez les individus qui ont de sérieuses difficultés à gérer des situations de stress ou à se sortir de traumatismes personnels, un phénomène surprenant. Les neurotransmetteurs que sont l’ocytocine et l’endorphine se multiplient beaucoup moins en terme de quantité par rapport à des adultes qui ont vécu une enfance relativement heureuse. L’interaction entre ces neurotransmetteurs et le système dit “limbique” ou cortex préfrontal provoque alors un état de “vulnérabilité” quasi-permanent. Cet état amène alors ces personnes à être plus sujettes à la dépression par exemple. Résultat, pratiquer la résilience devient plus délicat ou demande de délivrer des efforts plus conséquents que d’autres.

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  • Le facteur éducatif: notre capacité à développer la résilience dans notre vie lorsque cela est nécessaire dépend aussi bien évidemment du mode éducatif dans lequel on a baigné enfant. Lorsqu’un enfant a été couvert d’attention et de tendresse permettant de créer un lien solide avec son entourage proche, la maturation du système nerveux central de l’enfant est optimisé. Si l’enfant a baigné dans un cadre traumatique et où l’affection était quasi-inexistante, cela peut entraîner au niveau biochimique et physiologique des réactions qui rendent l’individu plus résistant quand des situations de stress surviennent.

Alors oui cela peut influer, mais ces facteurs ne sont pas déterminants et ne cantonne pas tels ou tels individus vers un destin déjà dessiné. Ce sont seulement des facteurs qui permettent de mieux appréhender notre rapport avec la résilience car quelques soit nos paramètres, nous recelons de forces intérieures inimaginables.

Concrètement, qu’est-ce qui motive une personne à opter pour la résilience?

Les spécialistes qui se sont penchés sur le sujet ont relevé plusieurs étapes de pensées chez une personne qui réveille en elle le comportement de résilience.

Nous avons tous vécus des traumatismes ou connaissons tous des personnes qui en ont vécus. Parfois ceux-ci sont tellement marquants chez une personne que nous ne la relions qu’à cette histoire. Nous pouvons prendre par exemple le cas des survivants des camps de concentrations ou d’une personne défigurée lors d’un accident et qui ne peut cacher son histoire du regard des autres. Mais la résilience elle, permet de remettre au devant de la scène la personne dans toute sa beauté et sa capacité extraordinaire de transformation, éclipsant avec brio le traumatisme lui-même.

Les exemples se comptent par milliers, mais prenons-en un qui est particulièrement touchant et criant d’enseignements : Louis Derung, auteur du livre 15 000 volts, le récit de la résilience. Ecoutez son témoignage lors de son passage dans l’émission de Thierry Ardisson Salut les terriens sur Canal +, et vous comprendrez. C’est époustouflant.
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Une personne résiliente c’est une personne qui:

  • refuse la condamnation au malheur.
  • s’extirpe de son traumatisme parce que des choses plus fortes se fixent dans sa tête. On parle des objectifs de vie et l’accomplissement de rêves qui sont perçus comme de nouveaux challenges, de nouveaux défis et non pas comme des montagnes insurmontables.
  • peut aussi développer le déni ou sélectionner des événements dans sa mémoire plutôt que d’autres pour mettre en lumière le positif et non le négatif. Le déni peut être aussi utilisé pour construire une personne forte et éviter la pitié de l’entourage.
  • utilise l’humour/l’autodérision pour assouplir le traumatisme, combattre les états d’esprit négatifs et sortir du statut de “victime” aux yeux des autres
  • utilise aussi souvent la créativité pour extérioriser le trop plein émotionnel en eux

 

Adopter la résilience au coeur de sa vie abîmée, c’est renaître de ses cendres

La résilience ouvre les portes à toutes possibilités d’évolutions tout en faisant “avec” son passé.

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Jacques Lusseyran, auteur du fabuleux livre Et la lumière fut et autre grand modèle de ce qu’est la résilience pure, nous livre ce secret sortie tout droit de ce que lui a appris la vie: “Tout enfant encore, je comprenais que notre liberté n’est pas dans le refus de ce qui nous frappe. Être libre, je le voyais, c’était, acceptant les faits, de renverser l’ordre de leurs conséquences.” Jacques Lusseyran a perdu la vue lors d’un accident d’école enfant. Sa cécité devint alors pour lui sa plus grande bénédiction tout le long de sa vie, et quelle vie! Courez acheter son livre, il changera votre vision du monde pour le reste de votre existence et finalement… la résilience c’est aussi cela:Cette capacité à changer de perspective quelque soit notre lourd passé et les traces indélébiles qu’il laisse sur nous.  

L’idée est de composer une musique génialissime avec une baguette de violon malgré tout usée, presque inutilisable. Mais voici qu’un miracle s’opère, la mélodie qui sort est totalement harmonieuse voir encore plus harmonieuse que si votre baguette n’avait pas été usée… comme-ci finalement de l’imparfait surgissait le plus que parfait, qu’en nous amputant telle ou telle chose en nous, cela nous permettait de ne jouer désormais uniquement que sur les cordes les plus sensibles, les plus puissantes de notre être.

Alors lorsque vous laissez entrer la résilience au coeur de votre vie, au coeur de votre esprit et dans chaque molécule de votre corps, le résultat ressemble souvent à cela: accrochez-vous, ça va décapoter.

Dans le milieu médical aussi la résilience est pratiquée.

A titre d’exemple si nous prenons une personne qui souffre d’un mal de dos et que pour éviter toute douleur nous lui donnons consigne de ne pas bouger pendant des semaines le temps que cela passe, nous ne sommes pas dans une dynamique de mouvement mais d’immobilité. En revanche, une dynamique de mouvement c’est relier notre douleur au mouvement, pour aller toujours vers l’avant. Nous remarquons alors que inviter une personne à faire des exercices, à bouger, lui permettra une guérison plus rapide malgré la douleur.  

Être résilient c’est reconstruire l’estime de soi et cette estime de soi peut-être même encore plus solide que celle acquise avant le traumatisme (oui oui). Définition? Renaître de ses cendres. En effet, on accepte notre passé et on assume ce que l’on est et ce à quoi on aspire. Pourquoi? Car devenir telle que l’on est devient alors notre protection pour ne plus être affilié à notre traumatisme. Le surpassement est alors la seule alternative pour s’extirper du rôle de victime, la seule alternative pour survivre et qui dit surpassement dit automatiquement augmentation de confiance en soi, de sensation d’accomplissement, de fierté, de concrétisation en tant qu’être, de bonheur?

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La résilience permet aussi de donner un sens profond et quasi-permanent à sa vie, car pour passer au-dessus d’un traumatisme, il faut que de l’autre côté le contre poid soit supérieur à lui. La seule chose supérieure et qui est en mesure de retourner la situation d’une personne meurtrie c’est laisser la parole à ce qui nous fait vraiment vibrer, pour lequel nous nous lèverons malgré tout chaque matin. Le petit plus c’est que vivre la résilience c’est se lever chaque matin avec un sourire aux lèvres, avec la volonté, la rage, la force et l’enthousiasme au coeur.

La résilience c’est être porté par quelque chose de plus grand que soit, bien plus haut que tout les traumatismes que l’on a dans nos bagages, comme-ci nous pouvons à présent exprimer l’intégralité de notre potentiel en plein jour et tous les jours.

Nous terminerons enfin sur cette idée suivante au sujet de la force incommensurable que la résilience peut apporter à tout individu marqué au fer blanc par son passé:

Imaginez une boule d’énergie que l’on place dans une boîte de métal épais et totalement scellée. Plus les heures, les jours, les semaines, les mois passent, plus la boule d’énergie essaie sans relâche de s’extirper de cet étau mais en vain. Elle s’est condensée, comprimée si fortement dans cette petite boîte que sa lumière est devenue 1000 fois plus forte qu’elle ne l’était à l’origine. Un peu comme le big bang qui n’était qu’au départ qu’un atome pas même visible à l’oeil nu. Puis voilà qu’un jour, la permission de sortir de cette cage métallisée fut donnée… Et BIM! La boule d’énergie sortie avec une force hors-du-commun et une surpuissance qu’elle n’aurait jamais pu développer si elle n’était pas passée par cette phase de condensation extrême et invivable.

Dans l’adaptation théâtrale par l’acteur français Francis Huster du livre Le Joueur d’échec de Stephan Swzeig, une réplique aussi courte que magique a été retenu: “Plus quelqu’un se limite, plus il s’approche en réalité de l’infini.”

Conclusion chers lecteurs?

Pratiquer la résilience c’est finalement accepter de devenir inarrêtable.

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