Comment se servir du langage conversationnel ?

En quoi devenir un expert lors d’un échange conversationnel peut nous apporter chaque jour de notre vie ? Quel est intérêt à se perfectionner dans notre interaction avec l’autre ou les autres, dans un contexte aussi bien public que privé ?

Notre expression orale est le point de rencontre avec l’extérieur. C’est une connexion instantanée et très puissante qui nous a été donné depuis notre naissance. La parole est un générateur de création qui ne connaît pas son pareil.

La force du parler est telle qu’elle a le pouvoir de réanimer une personne totalement éteinte, de faire naitre une émotion jusqu’aux larmes ou jusqu’aux rires. La force de la parole est telle qu’elle peut construire une personne, lui redonner espoir, lui faire réaliser des choses fondamentales, lui offrir un autre regard sur le monde, la toucher jusqu’au plus profond de son âme. Mais elle peut aussi être utilisée à mauvaise escient et peu détruire une personne en une seule et unique phrase. Une seule est unique phrase sur lequel peut-être basée toute sa personnalité et ce que jusqu’à la fin de sa vie. Lorsque la parole est mal utilisée elle peut détruire une amitié de vingt ans en un quart de seconde.

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Le parler est si puissant que chaque mot que l’on emploi et que l’on choisit lorsque l’on est en interaction avec l’autre nous hissent bien plus qu’en de simples interlocuteurs mais comme des pôles d’influences colossaux. Un mot, une phrase crée une réalité en l’autre et autour de l’autre instantanément et avec un impact dont nous n’avons pas même idée, que ce soit dans le temps ou dans l’espace.

Lors d’une conversation et lorsque nous savons nous y prendre, nous embarquons l’autre dans notre monde au point que plus rien n’existe autour, comme ci finalement une bulle hermétique et invisible se créait alors que tout bouge et tout vie autour de nous. Combien de fois par jour cela nous arrive-t-il ? Des dizaines de fois.

La parole est une arme qui bâtît des mondes ou les détruits.

Comment se fait-il que dans l’Histoire de l’humanité, il a seulement suffi d’une poignée d’hommes et de femmes à la tête de milliards d’autres pour influencer le monde et écrire l’Histoire ? Parce que la force de la parole.

Prenez les dictateurs ou les porteurs d’espoirs. Hitler ou Martin Luther King. Parce qu’ils ont compris à quel point la parole est puissante que des milliers et des milliers de personnes ont été touché par leur discours.

Alors le choix est simple et la ligne entre les deux territoires est fine : chaque jour, quel langage conversationnel choisissez-vous d’employer ? Celui qui détruit ou celui qui fructifie ?

A présent, rentrons un peu plus en profondeur dans le sujet : nous ne vous demandons pas d’être un Martin Luther King, mais peut-être de s’inspirer de ce qui lui a permis d’être un Martin Luther King : c’est-à-dire incarner de tout son être tout ce qu’il disait. Remplir les mots qui sortent de votre bouche de tout votre être est qui prennent déjà racine au cœur de vos intentions et des pensées qui les traversent.

FOCUS SUR LES CONVERSATIONS SPONTANÉES

Matt Abrahams, expert dans les outils de communication, s’est penché sur le sujet et nous souhaiterions vous faire partager ses précieux conseils.

Qu’est-ce que le langage conversationnel ?

Suite à de très nombreux ateliers et échanges tournés sur les techniques de communication, Matt Abrahams s’est rendu compte que 85% des personnes ont une très forte appréhension à parler en public. Une étude de Chapman Université a révélé qu’au-delà d’une attaque terroriste, qu’un braquage ou autre, la peur de parler en public était au-delà de tout.

Matt Abrahams ne se penche pas ici sur une prise de parole officielle et en public, comme par exemple un discours préparé lors d’un mariage, une conférence sur son lieu de travail, une prestation artistique etc.

Il se penche sur le pur conversationnel, le plus spontané qu’il soit et que nous pratiquons incessamment. En somme, l’échange conversationnel originel que ce soit entre amis, entre collègues, lors de nouvelles rencontres que ce soit en soirée, dans la rue, en vacances etc.

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Il se penche plus particulièrement sur les « cold calls » qui font référence à notre capacité de répondant lors d’une conversation qui nous prends par surprise. A être opérationnel dans un instant T non prémédité.

L’exemple type et que l’on a tous vécu au moins une fois dans sa vie et lorsque nous étions à l’école et que le professeur nous demande en pleine volée : « Qu’en pensez-vous monsieur ? »

A ce moment-là, nous sommes souvent victime de notre anxiété et un pic de stress qui nous paralyse et nous empêche de communiquer comme on l’aurait souhaité c’est-à-dire capter l’attention des gens, être accrocheur.

Ici, Matt Abrahams nous donne une première petite perle : « Pour être de bons communicateurs, il faut tout simplement communiquer ».

Que signifie communiquer ? C’est communiquer avant communiquer avec soi-même et être authentique avec les autres. Comme ne pas avoir peur de dire que vous avez peur. Etre dans une forme de transparence conversationnelle finalement afin de désamorcer les turbulences qui nous empêche d’appréhender avec sérénité les conversations spontanées.

LES CONSEILS EN OR DE MATT ABRAHAM

Nous allons parler de votre approche, de votre attitude, de votre pratique et ces petites choses qui peuvent changer comment vous vous sentez lorsque vous vous engagez dans une conversation.

Ils expliquent qu’une grande majorité de personnes conviennent qu’avoir la capacité de répondre avec tact et sérénité aux « cold calls » sont pour eux un véritable facteur pour se sentir en confiance lorsqu’ils échangent et être d’autant plus appréciés par les autres.

Pour Matt Abraham, l’une des grandes barrières à démanteler est de gérer comme il se doit son anxiété lorsque l’on se trouve dans une situation où « nous perdons nos moyens », où « le rouge monte à nos joues et la sueur commence à perler », où le « cœur commence à battre à milles, nos mains à trembler et nos jambes à ressembler à deux chamallows » et cela en l’espace d’une seconde.

Au contraire de ce que l’on pourrait à premier abord penser, l’anxiété est bienfaiteur. L’anxiété crée de l’énergie en nous, comme une forme de moteur qui traverse tout notre corps, ainsi qu’une capacité plus grande à être focus sur un objectif et donc à être moins éparpillé sur d’autres sujets secondaires dans notre vie. L’anxiété est également un super baromètre pour réaliser ce qui est important pour nous dans notre vie. La seule chose c’est que lorsque nous utilisons cette formidable énergie ou émotions à des fins négatives elle peut produire l’effet totalement inverse. C’est finalement une question de dosage.

Il faut également savoir que lorsque l’on a devant nous un interlocuteur anxieux ou nerveux, cela nous met dans un mode d’inconfort car cela nous fait souffrir de le voir en pâtir. En général, nous faisons le choix entre deux attitudes.

Soit nous lui sourions en pensant l’encourager à être plus confortable, soit nous nous désengageons de la zone d’inconfort dans lequel il se trouve. L’objectif premier est donc de créer une zone de confort autour de la conversation, comme-ci l’on rentrait dans une bulle coupée du reste. Lorsque la zone de confort est créée le message articulé peut être réceptionné avec facilité. Donc créer un espace conditionné par la sensation de confort est primordial.

« Je ne comprenais même pas ce qu’on me disait tellement j’étais stressé. Je redemander à chaque fois qu’on me répète la question. Un peu comme ci je n’arrivais pas à m’extirper de mes pensées

Voici les trois conseils clés et simples d’utilisation que Matt Abraham donne pour changer diamétralement d’attitude lors d’une conversation spontanée.

A savoir que toutes les techniques que nous allons voir sont issues de recherches académiques.

CONSEIL N°1 : LA PHASE DE REPERAGE

Devenir détective de nos indices comportementaux, c’est exactement ce qu’il nous est demandé de faire. Un peu comme un jeu où le personnage sur qui l’on doit enquêter est nous-même.

L’objectif est de s’extirper de la spirale de « perte de contrôle » généré par une anxiété que l’on ne cesse de nourrir.

En se disant « mes mains sont moites donc je suis nerveux » nous déclenchons la spirale de l’anxiété. En revanche, lorsque nous accueillons les prémices des symptômes de l’anxiété, le scénario est tout autre : « hey c’est mon symptôme d’anxiété ». Prenez une grande inspiration et se dire que c’est seulement vous avec votre sentiment d’anxiété.

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L’idée est donc de se dissocier du symptôme de la même manière que l’on observe une photo sur laquelle on se trouve.

Il n’est donc pas nécessaire d’essayer de diminuer l’anxiété mais tout simplement de la stopper à augmenter.

CONSEIL N°2 : PASSER D’UNE PERFORMANCE A UNE CONVERSATION

Lorsque nous nous trouvons dans un contexte conversationnel qui est le reflet de ce que l’on projette aux autres, nous nous imposons consciemment ou inconsciemment des règles de réussite et d’échec. Nous évaluons les conséquences de notre intervention et en déduisons si c’est un échec ou une réussite. Car oui, nous avons bien tendance à se créer un seul et unique scénario de réussite dans notre tête. Le seul problème est que penser et agir ainsi entraîne et favorise le terrain de l’anxiété et nous enlève en authenticité et spontanéité.

Au fond de nous-même, nous voulons toujours que nos interventions en termes de communication soient mémorables, que celui ou celle qui nous écoute soit totalement capté par ce que l’on dit.

Si tout simplement on se disait qu’il n’y a pas de vraies façons, de bonnes ou de mauvaises mais qu’il y a seulement des meilleures et des moins bonnes manières d’interventions. En somme, qu’il n’y a tout simplement pas qu’une seule manière de communiquer. Que peut-être mettre vraiment de soi dans sa manière de communiquer rend votre mode de communication unique.

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Nous ne devons plus nous engouffrer dans le prisme de la « performance » mais nous devons apprendre à se le représenter tout simplement autrement. Comment ? En se le représentant comme une conversation et non comme une performance.

CONSEIL N°3 : LE LANGAGE CONVERSATIONNEL, UNE CLE EN OR EN TERMES DE COMMUNICATION

Matt Abraham explique que se le représenter en conversation et non en performance et l’appliquer réellement demande de l’agrémenter de petites et excellentes techniques :

Commencez avec des questions, car elles ouvrent le dialogue. Cela vous met dans une position de conversation ouverte et effective. Les questions structurent les conversations et dessinent un chemin où l’échange peut automatiquement avoir lieu.

Utilisez le langage conversationnel au maximum : beaucoup d’interlocuteurs nerveux mettent une distance avec eux-mêmes physiquement. On utilise le même principe avec le langage. Car se distancer soi-même nous protège de nous-même. Le seul problème c’est que nous tombons très facilement dans une interprétation monotone et impersonnelle, soit exactement les deux ingrédients parfaits pour que notre auditeur se décroche très rapidement de votre message.

Optez pour un langage et un ton conversationnel implique bien plus le ou les auditeurs que vous avez face à vous. Ils se sentent bien plus concernés et donc bien plus captivés par ce que vous dites. Le langage conversationnel s’échappe d’un contact « à distance » et vous connecte à l’autre de manière bien plus forte car c’est une forme de langage qui inclus et qui n’exclut pas.

De plus, utiliser le langage conversationnel permet réellement de gérer son anxiété car nous gagnons en flexibilité, en spontanéité et en authenticité. Les notions de réussite, d’échec ou de performance s’effacent au profit de la création de liens avec l’autre, de connexion plus naturelle et plus mémorable avec l’autre, de partage plus intense avec l’autre et d’apport mutuel bien plus élevé.

Vivez l’instant présent. Si vous vivez uniquement le moment présent sans penser aux conséquences futures, nous sommes moins nerveux. Se réorienter sur le présent. Ne pas s’orienter sur les états futurs mais sur l’état présent. Comment être dans l’instant présent ? En se concentrant sur ce que l’on dit, et en rentrant dans ce que l’on dit nous permet de nous écarter de l’anxiété.

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Ainsi, se servir du langage conversationnel et ses techniques complémentaires vous inscrit dans une expérience nouvelle de la communication et de l’interaction à l’autre. Une expérience où votre espace de confort est bel et bien là aux instants qui vous paraît nécessaire pour mener à bien votre rôle d’interlocuteur authentique, plein de spontanéité et de richesses à partager.